L’autre jour

L’autre jour

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L’autre jour, elle s’est reconnue dans les phrases de ce vieux carnet où elle avait tenu quelques temps son journal. Mais elle se préfère maintenant, même vieille. L’auteur Hélène Sturm est née avec un autre prénom. Un prénom qu’on a presque oublié maintenant. Dans une vallée. Des montagnes autour. L’enfance reste là. Très tôt, elle veut partir. Sortir de là. Comme son frère. Comme sa sœur. Les mots viendront avant le reste. Avant la sortie. Son frère lui apprend les voyelles. On monte les marches. On les redescend. A. E. I. O. U. Le corps apprend avec les pieds. Elle lit. Toujours. Le premier mot qu’elle déchiffre est écrit sur un baril de lessive. Un mot banal. Mais pour elle c’est une victoire. Elle le dira souvent. Après cela, il y a les livres. Tous les livres. Elle lit ce qui se trouve dans la maison. Les livres d’enfants. Puis d’autres. Plus tard, elle en lit trop. C’est une faim. Pendant les vacances on emporte une valise de livres. Une valise entière. Avec sa sœur elles vont chez un bouquiniste. Elles apportent les livres lus. Elles repartent avec d’autres. Toujours. La même chose. Elle décide très jeune qu’elle écrira. On ne sait pas très bien pourquoi. C’est juste là. Comme ça. Elle se marie assez vite. Cela arrive souvent aux jeunes filles qui veulent déjà partir. Puis elle divorce. La vie s’ouvre autrement. Les histoires d’amour viendront, nombreuses peut-être, longues parfois, brèves aussi. Avec toujours l’écriture derrière. Elle travaille avec des images, des textes, des films. Elle écrit pour d’autres, parfois. Elle enseigne aussi. Elle parle des livres, de la pensée, de la manière dont le monde se raconte. Écrit pour la télévision parfois – Arte. Enseigne aussi – Le Quai qui deviendra la Hear. Ce qu’elle fait surtout, c’est regarder. Les villes, la vie. De biais. D’ici et là. Les taxis. Les cafés. Les terrasses. Les librairies. Elle s’assoit. Elle observe. La vie qui passe, qui s’y passe. Les gens parlent. Elle écoute. Sa silhouette impressionne. On croit à de la distance. C’est de la timidité. Passé ce premier silence, elle devient attentive. Aux gens. À leurs histoires. Elle écoute beaucoup. Puis elle est partie. Comme elle l’avait décidé. La nuit du 15 février 2026. Fucking cancer. Elle a cramé ses boyards maïs et la vie. Elle en a tiré de belles pages. On en fera bon usage. Hélène Sturm a publié deux livres aux éditions Joëlle Losfeld, Pfff en 2011 et Walter en 2014.

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